Entretien avec Patricia Brangeon, auteure du livre “Vannerie bucolique”
Édition Aux lecteurs émancipés – 23 janvier 2019 – Article de Cédric Lépine
Les éditions Terre Vivante prennent un malin plaisir à donner accès au plaisir de la créativité et de la sensibilité pour la nature. Après son livre “La Vannerie de jonc”, Patricia Brangeon a écrit “Vannerie bucolique” et autour de cet entretien se joue la découverte de son univers où se pratique la sensualité du travail des fibres végétales.
Cédric Lépine : Comment avez-vous acquis vos savoir faire en vannerie ?
Patricia Brangeon : À une époque de ma vie, j’ai souhaité que mon activité professionnelle soit en cohérence avec qui je suis. J’ai donc fait un break et me suis souvenue du plaisir incommensurable ressenti en 6e lorsqu’un professeur avait fait découvrir à la classe la vannerie en créant un pot à crayon en rotin. Le plaisir ressenti à ce moment-là a été gravé en moi. À tel point que 25 ans plus tard, je décide de reconnecter avec cette sensation en allant chez une vannière à coté d’Angers pendant trois jours. Le plaisir était toujours le même et les gestes étaient évidents comme si j’avais pratiqué toute ma vie.
Mon chemin était donc tracé, faire de la vannerie et en vivre. J’ai donc commencé par une semaine de stage à Villaines-les-Rochers à la Coopérative de vannerie pour apprendre les techniques de base de la vannerie en osier. Puis j’ai fait un stage de vannerie sauvage et là c’était évident. La connexion avec la nature et la multitude de végétaux m’offraient un potentiel de création important.
J’ai ensuite eu la chance de travailler trois ans pour le Lien Créatif, la revue sur la vannerie. Cette expérience m’a permise de rencontrer énormément de vanniers autant professionnels qu’amateurs et tous m’ont apporté une diversité de connaissance incroyable. Un jour, c’était une petite mamie bretonne de 80 ans qui me fait découvrir un bouton (départ) avec de l’osier et son panier multicolore réalisé avec divers végétaux. Un autre jour, c’était un pécheur de lamproie qui m’apprenait à confectionner une nasse d’un mètre cinquante. Puis une vannière corse qui me fait découvrir le jonc et sa faisselle. Yvon un Breton m’explique comment frapper le frêne pour en faire des lattes et me fait découvrir son chapeau en jonc.
En fait les rencontres sont nombreuses et grâce à toutes ces personnes j’ai pu découvrir une vannerie riche de techniques et de matières.
C. L. : Depuis quand et avec quelle régularité pratiquez-vous la vannerie ?
P. B. : Je pratique la vannerie depuis sept ans. Je tresse tous les jours soit pour créer des objets qui alimentent mon site, soit pour les stages, j’aime imaginer de nouveaux thèmes : cette année, c’est le sac à main calzone en massette, ou bien de nouveaux objets pour un prochain livre.
C. L. : Qu’est-ce que vous aimez dans la vannerie ?
P. B. : Ce que j’aime dans la vannerie, c’est de pouvoir créer avec la nature. Au gré des balades, les végétaux rencontrés sur les chemins, sont l’occasion de tester, mélanger couleurs et techniques.
C’est aussi une forme de méditation. Pour travailler la matière, il ne faut faire qu’un avec elle et être suffisamment présent pour sentir le point de rupture, quel mouvement sera le plus adapté pour créer une forme dans l’espace. Ce sont des moments que j’affectionne particulièrement : être en connexion avec le végétal.
J’aime aussi le côté sensuel de la vannerie. Le jonc par exemple est d’une extrême douceur qui rappelle celle de la peau et son odeur d’herbe sèche me transporte.
C. L. : Selon quels critères avez-vous choisi les réalisations présentées dans ce livre ?
P. B. : J’ai tout d’abord souhaité qu’il y ait une diversité dans les objets et les techniques. Et j’ai voulu m’approprier des techniques ancestrales et les adapter à nos besoins actuels comme par exemple le nichoir en vannerie spiralée réalisé avec des aiguilles de pin. C’est une technique utilisé depuis la préhistoire avec de la paille qui servait à recouvrir les jarres.
C. L. : Pouvez-vous définir la vannerie aléatoire dont vous parlez ici ?
P. B. : La vannerie aléatoire est une vannerie intuitive, ludique et créative. Il n’y a pas de trame comme dans la plupart des autres techniques : ici, en partant de 4 cercles, un panier se construit en entrelaçant tige par tige. La première peut sembler fragile et l’une après l’autre elles se mêlent et s’entremêlent pour créer un panier solide.
C. L. : Qu’est-ce qui vous a conduit à imaginer un livre pour partager votre passion et votre expérience de la vannerie ?
P. B. : J’aime transmettre et partager mes connaissances. Je le fais à travers les stages mais aussi par le biais des livres. Mon premier était sur le jonc : c’est une matière que j’affectionne particulièrement. J’avais envie de faire connaître cette vannerie très peu pratiquée en France jusqu’à présent. Et le second, la vannerie bucolique, aborde une large palette de techniques mais aussi de végétaux. Et j’ai voulu répertorier tous ces végétaux sur un tableau pour faciliter la récolte mais aussi le stockage et les différentes techniques appropriées à chaque matière.
Et les livres sont aussi un moyen pour faire découvrir cette activité qui avait tendance à disparaître mais qui suscite à nouveau l’intérêt du public
C. L. : À qui s’adresse ce livre ? Peut-on commencer dès le plus jeune âge ? Quelle que soit sa dextérité ?
P. B. : Il s’adresse un large public car il était important pour moi de décrire des tutoriels qui soient accessibles à un grand nombre de personnes connaisseuses ou pas.
La vannerie se pratique à tout âge. Elle refait son apparition dans les écoles primaires. C’est un très bon moyen pour développer les capacités psychomotrices. Elle commence aussi à s’installer dans les maison de retraite et les centres de rééducateur fonctionnel.
C. L. : Quelle est la réalité économique de la vannerie ? Des artisans vanniers peuvent-ils en France vivre de la vannerie ?
P. B. : La vannerie est, comme tout l’artisanat en France, difficile à en vivre. Il y a la concurrence de l’Asie qui importe des vanneries pour une poignée d’euros. Chaque vannerie est réalisée à la main : aucun moyen n’a jusqu’à présent remplacer la main de l’homme pour fabriquer la vannerie. Donc derrière chaque vannerie se cache une personne, et à quel prix est-elle rémunérée ?
En France, nos vanniers sont surtout des vanniers d’osier très qualifiés. Ils travaillent l’osier produit en France de très bonne qualité.
La qualité du travail permet de se démarquer. Mais aussi la créativité : les expos commencent à fleurir aux quatre coins de l’hexagone. L’originalité des articles, c’est ce qui fait que le vannier aujourd’hui peut s’en sortir financièrement. Certains vont se spécifier dans une technique, d’autres en créant des objets spécifiques comme pour l’ameublement ou bien le luminaire. D’autres vont aussi diversifier leurs activités en animant des stages. Il est donc possible de vivre de la vannerie en France.
C. L. : Travaillez-vous également d’autres matières que les végétaux ?
P. B. : Il m’arrive de travailler d’autres matières comme le coton, la laine ou le carton mais j’avoue ne pas y trouver autant de plaisir.